Atelier « Lieux de mémoire » 2/2

Enregistrement vidéo

Richard Honoré, principal-adjoint du collège Louise Michel de Faremoutiers
Olivier Plancke, professeur relais aux Archives départementales de Seine-et-Marne
Murielle Henri, professeure d’histoire-géographie au collège Louise Michel de Faremoutiers
Lauryn, élève au collège Louise Michel de Faremoutiers
Salomé, élève au collège Louise Michel de Faremoutiers

 

Richard Honoré, principal-adjoint du collège Louise Michel de Faremoutiers

Voici le clip qui a été réalisé pour présenter le projet dans le cadre de la préparation du dossier, puisqu’on a la chance d’avoir été retenus par le CRDP, qui a réalisé un documentaire sur la préparation du projet et sur la journée en elle-même. Avant que je vous présente rapidement le projet, je pense que c’est utile de voir un petit film qui dure 2 minutes 30. Comme cela, vous saurez de quoi il s’agit.


Commentaires du film

– L’idée, c’est de réaliser le 5 septembre 2014, donc cent ans pile après, un rallye VTT avec des arrêts sur des lieux de mémoire, en suivant grosso modo la ligne de front du 5 septembre 1914.

– Ce matin, nous faisons les trois dernières étapes prévues sur le rallye. Là, on est à Lumigny. Ensuite on ira à Rigny pour voir ce qui est un champs maintenant, mais qui était en septembre 1914 un aérodrome de campagne.

– Je suis responsable de la section sportive duathlon, qui regroupe 32 élèves de quatrième et de troisième. Le duathlon, c’est du vélo et de la course à pied. Dans le cadre de ce rallye, c’était judicieux de faire participer les élèves de la section sportive sur leur connaissance du parcours.

– On va être amenés à faire un discours au début de septembre et ensuite il y a des élèves qui vont faire 40 kilomètres dans plusieurs villages où on a recensé 40 indices du passage des Allemands et des Anglais.

– J’ai récupéré ces documents qui n’ont été vus par personne, donc vous êtes les premiers à les voir. Ce sont des documents qui vont bientôt aller aux Archives. Les Anglais voulaient aller où ?

– À Coulommiers. Les Allemands ont tendu une embuscade, et le pharmacien et trois Anglais sont morts.

– Ce qui s’est passé, c’est qu’on pensait les Allemands partis. Tard le soir, les Anglais demandent leur route pour Coulommiers. Il commence à leur expliquer. Apparemment, l’explication n’est pas facile. Alors M. Jeff se propose carrément de les accompagner. À la sortie du pays, après la mairie, effectivement, il y a eu une embuscade. Il va recevoir une balle et décéder quelques heures après de cette blessure. On ira voir maintenant les lieux sur place, puisque tous ces blessés, tous ces morts, dans un premier temps, sont portés dans le café qui est sur la place, le Grand café de Paris. C’est dans ce café que tous ces gens sont soignés (pour les blessés) – les morts, en attendant d’être transportés jusqu’à la ferme pour les mettre dans leur fosse. Il nous reste tout cela à aller voir.

– Notre secteur était en plein dans la zone de jonction entre la cavalerie allemande qui avançait et le corps expéditionnaire britannique qui reculait. J’en ai parlé à d’autres collègues et nous sommes quatre établissements à participer à ce projet : le collège [George Sand] de Mouroux, le collège [Stéphane Mallarmé] de Fontenay-Trésigny, le lycée [La Tour des Dames] de Rozay-en-Brie et nous-mêmes.


Richard Honoré

Comme vous avez pu le remarquer, la particularité du projet, c’est d’allier histoire et pratique sportive. Ce projet est né d’une interrogation. Je suis principal adjoint du collège de Faremoutiers, historien de formation, et je fais du VTT aussi de temps en temps avec les élèves et sans les élèves dans notre belle région de Seine-et-Marne. En discutant, comme cela, avec d’autres collègues, on a dit : « On va être sur le centenaire de la Première Guerre mondiale, de la première bataille de la Marne, qui est le début du réveil des Alliés et c’est en plein sur les routes, les chemins que nous fréquentons à VTT quand on se promène le week-end. Il faut absolument faire quelque chose. » C’est parti comme cela. J’en ai parlé à d’autres collègues et nous sommes quatre établissements, trois collèges et un lycée, qui avons choisi de participer à ce projet.

Liaison du temps et de l’espace, cela veut dire un projet qui s’est déroulé le 5 septembre 2014, avec le titre « Cent pour cent – Cent vélos pour le centenaire », de date à date, 5 septembre 1914, 5 septembre 2014. Le deuxième constat était que nous étions au point de l’avance extrême des troupes allemandes en 1914, et que l’historiographie locale... Même s’il y a pas mal de choses, il y a un énorme vide entre le 4 et le 6, parce qu’en fait, on ne sait pas très bien, à quelques kilomètres près, où sont installées les troupes allemandes. Et ce qui fait la troisième particularité, les troupes britanniques. C’est que le secteur des quatre établissements qui participent au projet, à savoir le collège de Mouroux, le collège de Faremoutiers, le collège de Fontenay-Trésigny et le lycée de Rozay, est au cœur du réseau du corps expéditionnaire britannique, plus particulièrement sur notre secteur, des troupes écossaises et un petit peu irlandaises.

Nous avons décidé de faire un rallye VTT, au final de 31 km, avec 7 lieux de mémoire qui ont été identifiés par les élèves et par des équipes d’enseignants, les deux en même temps ou les deux séparément, et aussi par des professeurs-documentalistes, qui ont participé au projet, en particulier sur le lycée de Rozay. Nous nous sommes partagés le travail. Le lycée de Rozay ayant déjà fait des projets eTwinning, s’est au départ, au début du projet, plus concentré vers l’échange international. Le but n’était pas de rester entre Français. J’ai sollicité... J’ai pas mal de contacts en Allemagne, j’y étais encore la semaine dernière. Les Allemands ne sont pas du tout intéressés par la commémoration de la Première Guerre mondiale, il faut le savoir. Je pense qu’on les aura pour Verdun 1916, parce qu’avec la rencontre Kohl-Mitterrand, etc., il y aura beaucoup d’Allemands pour la commémoration de Verdun, mais pas ailleurs, je ne pense pas. Donc, au niveau des collèges, pour les scolaires, c’était un petit peu à l’eau, les Allemands. Puis, j’ai essayé pendant trois mois, puisque l’académie de Créteil a un partenariat avec le comté du Fife en Écosse. Aux Archives départementales, par exemple, de Seine-et-Marne, et puis dans des fonds privés auxquels on a eu accès, on a essayé de trouver des unités écossaises qui auraient été originaires du comté du Fife, ou qui seraient parties des deux grands ports qui ont servi pendant la Première Guerre mondiale dans le comté du Fife. Peanuts... Aucun n’était originaire du comté du Fife, et aucune n’est partie... Après deux mois et demi, trois mois, de recherche, en sachant qu’on a attaqué en octobre 2013 pour début septembre 2014... Je rappelle que le 5 septembre, c’était le vendredi de la semaine de rentrée, une semaine un peu chargée ! On a mis de côté, disons, le volet international du projet, pour se concentrer sur la recherche des lieux de mémoire, la réalisation du parcours, et puis après, le rallye en lui-même le 5 septembre.

On a pu emmener les élèves au musée de la Grande Guerre à Meaux, aux Archives départementales avec M. Plancke à Dammarie-les-Lys. C’est un lieu magnifique, on y travaille bien, il y a plein de choses intéressantes, on a des documents, surtout sur la période choisie, entre le 4 et le 6 septembre, ils ont vraiment travaillé sur des choses de première main. Moi, j’ai un peu parcouru l’historiographie locale, ce sont des choses que je n’ai jamais vues publiées. Et puis par l’intermédiaire d’une enseignante, d’une collègue de Mme Henry, on a eu accès aussi à un fonds privé qui était aux mains des descendants du maire en fonction en septembre 1914. Un fonds très riche, ce qui nous a permis, au sein de notre collège, de faire travailler deux groupes différents. Un groupe avec Mme Thibert et un groupe avec Mme Henry. Dans les autres établissements, ils ont aussi réussi à faire des déclinaisons locales, c’est-à-dire que tout le monde a travaillé pour identifier les 7 lieux. On avait dit 8 au départ, mais finalement c’était 7, c’était plus pratique. Chacun a décliné à sa façon. Par exemple, pour nous, le jour du rallye, il y a eu une dépose de gerbe au monument aux morts, en parallèle du rallye « Cent pour cent ». Chaque établissement a décliné le projet à sa manière.

Le 5 septembre, nous avions une centaine d’élèves à VTT, encadrés par 20 adultes, avec des gendarmes, des policiers municipaux, des journalistes aussi, parce que c’est incontournable, et nous avons vécu une journée merveilleuse. Beau temps ; seulement deux crevaisons ; une jeune fille légèrement mal, mal réglé en cinq minutes… parfait ! Et le British Council a eu la gentillesse de nous envoyer Mme Smith pour parler un peu à l’arrivée. On a fait l’arrivée du rallye sur l’actuel site du Parc des félins, en Seine-et-Marne – c’est un petit peu connu maintenant le Parc des félins –, qui est aussi le site de la ferme de la Fortelle, qui est le début, le tout-début de la contre-offensive de la Marne dans la nuit du 5 au 6 septembre. Abandonné la nuit du 5 ; au petit matin le 6, repris par les troupes du corps expéditionnaire britannique. Et nous avons fait l’arrivée du rallye à cet endroit.

C’était une expérience formidable, épuisante, enrichissante. Franchement, on a mis un an, et je pense que si on avait voulu adjoindre vraiment efficacement le volet international, il aurait fallu ajouter un semestre supplémentaire. Un an, c’est trop court pour le projet tel qu’on l’avait envisagé au départ, donc on l’a adapté. Maintenant, nous sommes toujours, nous le collège de Faremoutiers et le lycée de Rozay, à la recherche d’un établissement écossais pour travailler sur la mémoire dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale. On est toujours en recherche à l’heure actuelle.

Je vais passer la parole à M. Plancke, des Archives de Seine-et-Marne.


Olivier Plancke, professeur relais aux Archives départementales de Seine-et-Marne

Merci, bonjour. Effectivement, cela fait à peu près un an que M. Honoré m’a contacté.

Je vais commencer par me présenter. Olivier Plancke, je suis professeur relais aux Archives départementales de Seine-et-Marne, où j’exerce depuis trois ans maintenant tous les jeudis. On a parlé ce matin du réseau des relais d’Archives, et cela, c’est ma petite partie. On a un service pédagogique très ancien (1953), mais très réduit aussi : quatre personnes dont moi qui n’y suis qu’un jour par semaine, donc c’est assez difficile de mener ce bateau à flot, surtout que – M. Honoré l’a dit –, c’est un dépôt d’archives très riche. 41 km linéaires. Par rapport à ici, c’est tout petit, mais quand même.

M. Honoré m’a posé un problème assez difficile parce que les Archives départementales n’ont pas vocation à conserver des documents militaires, et encore moins étrangers. Il a donc été assez difficile, a priori, de trouver des documents pour faire travailler les élèves. Son équipe est venue au complet – je ne sais plus, en décembre de l’année dernière ? Ensuite on a eu trois groupes. M. Saumoneau, le documentaliste du lycée de Rozay, est venu plusieurs fois. C’est un travail qui a été fait de longue haleine et sur un long temps, et je ne compte pas le nombre de mails échangés.

Je montre cette carte pour situer un petit peu le contexte. La Seine-et-Marne est le seul département de l’académie de Créteil qui ait connu la guerre sur son sol. Effectivement, l’extrémité sud-ouest, c’est le sujet en question, donc dans la région de Rozay.

On a divisé les élèves en ateliers quand ils sont venus à plusieurs séances. Il y a eu une visite des Archives, en fait du bâtiment. J’ai extrait tout ce qui concernait l’armée britannique et du Commonwealth concernant la Première Guerre mondiale. Et puis un travail sur les communes sur lesquelles se situent les quatre établissements. Des élèves ont travaillé sur les affiches de la collection Taboureau. Taboureau est un ancien collègue de Coulommiers qui a légué une énorme collection d’affiches aux Archives départementales, ce qui a permis de faire travailler des élèves sur des affiches qui ne sont pas de 1914 (la plus ancienne est de 1915), mais cela permet de travailler sur l’idée du recrutement et de l’engagement du soldat britannique, qui est diamétralement opposée à celle du soldat français. Plusieurs affiches qui ont permis aux élèves de s’interroger sur le recrutement, sur l’uniforme aussi, en passant, et sur un volet histoire des arts qui est très important dans notre enseignement maintenant. Et puis éventuellement de travailler la langue anglaise, pourquoi pas ?

Un fonds de cartes postales très important aussi est déposé aux Archives départementales. Quelques-unes montrent justement la bataille de la Marne, comme celle-ci qu’on a vue sur le petit film tout à l’heure, et puis une autre… Je n’en ai choisi que deux, il y a toute une autre série de cartes qui montrent des lieux qui ont été concernés par la bataille et, en particulier, des maisons détruites par l’artillerie britannique. La question des destructions est fondamentale aux Archives parce que c’est un des fonds les plus importants : les demandes d’indemnisation pour les propriétaires qui veulent récupérer après la bataille, dès 1915, et essayer d’être indemnisés. C’est un très gros fonds.

Pour ceux qui ont eu la chance de visiter l'exposition ce matin, on a parlé du Bulletin des communes, et un autre groupe d’élèves a travaillé sur ce Bulletin des communes – ici, communes de Seine-et-Marne, en fait il était identique dans tous les départements français. Ce fonds date du 2 août au 31 décembre 1914, et il permet a priori de se rendre compte de la chronologie de la guerre – des élèves ont travaillé dessus. On voit que l’armée française vole de victoire en victoire sur le front des Vosges ou en Alsace et, tout d’un coup, en lisant ce document, qui est du 5 septembre, on apprend que le gouvernement est à Bordeaux. C’est une surprise. Evidemment, dans nos cours, on ne va pas jusqu’à ce niveau de détail avec les élèves, mais là, c’était assez intéressant. Il y a aussi un récit, le 9 septembre, de ce qui est déjà appelé la victoire de la Marne.

Là, je n’ai pas mis de documents, mais on a un fonds très important des dommages de guerre. Là, ce sont les communes concernées. Des particuliers ont fait des demandes très précises au sujet des destructions, des vols, des pillages, dans un but de demande d’indemnisation. C’est parfois tout à fait poignant, parce qu’on voit l’ampleur des destructions. Parfois c’est comique. Le Vélo club de Coulommiers, que j’avais choisi pour l’aspect cycliste, fait une demande d’indemnisation parce qu’ils se sont fait faucher leur chronomètre, qui a une valeur tout à fait faible par rapport à l’ampleur des destructions de la période. En soi c’est intéressant.

Il y a aussi un fonds important concernant les tombes britanniques. On l’a vu tout à l’heure tout à l’heure, la question des sépultures est fondamentale. Il y a deux fonds aux Archives, dans la série R, qui concernent les affaires militaires, en particulier des cartes. J’ai pris des photos la semaine dernière. Ces cartes vont montrer le plus précisément possible l’emplacement de chaque sépulture. En creux, on va voir la ligne de front, évidemment. Il y a même des calques qui ont été faits. Toute la Seine-et-Marne a été repassée à la plume d’oie ou à la plume Sergent-Major sur les cartes du cadastre pour indiquer, comme on le voit ici à Coulommiers, l’emplacement des tombes, avec la nationalité des morts. On va même trouver des tombes d’animaux. Cela a interrogé aussi les élèves : pourquoi est-ce qu’on a des tombes de chevaux ? Cela permet de comprendre l’ampleur de la cavalerie bien sûr, mais aussi des chevaux dans les transports et la vie militaire. Et là, les chevaux sont morts très loin du front. Ce sont des animaux qui ont dû être blessés. Ces cartes représentent aussi le bétail qui a été tué, les vaches, les moutons, ce qui permet de comprendre aussi que les bombardements tuent énormément d’animaux dans une Seine-et-Marne qui, à l’époque, était un département d’élevage.

Des documents, là, qui concernent les tombes britanniques avec, parfois, des plaintes du gouvernement britannique qui se plaint que l’on ait déplacé les corps de soldats anglais sans leur demander leur autorisation. Cela a fait là aussi toute une série de correspondances. D’autres élèves ont travaillé sur un fonds intéressant qui est celui de la presse. Il y avait de très nombreux journaux seine-et-marnais, en général bihebdomadaires, qui paraissent jusque fin août 1914. Le Démocrate, Le Progrès ou La Brie... La Brie cesse de paraître fin août, et la parution suivante (il n’y a pas de rupture de numéro), c’est fin septembre ou début octobre parce que, la guerre étant présente, l’imprimerie a dû déménager ou les ouvriers sont partis, ce n’est pas très clair... ou rupture de papier, enfin, c’était très chaotique. Ce qui est intéressant, c’est que le journal de la reparution va résumer tous les épisodes manquants, c’est-à-dire qu’il va faire le récit complet de la bataille de la Marne à Coulommiers. On a déjà aussi des témoignages de soldats qui écrivent dans les journaux. Donc, la bataille de la Marne dans La Brie.

Plusieurs venues, des ateliers… Je vais en profiter pour faire la transition. Après, on a continué à correspondre, à envoyer des documents, mais je ne sais pas ce que les élèves ont fait des affiches, par exemple. Je serais très intéressé d’avoir leur témoignage là-dessus.


Murielle Henri, professeure d’histoire-géographie au collège Louise Michel de Faremoutiers

Je suis Murielle Henry, professeure d’histoire-géographie au collège Louise Michel, l’un des collèges qui a participé à ce rallye, à cette organisation, à cette commémoration. Je vais rebondir par rapport à ce qu’a dit M. Plancke et par rapport aussi à ce qu’a dit M. Honoré. Je vais essayer d’être brève. De toute façon, M. Honoré a déjà dit beaucoup de choses.

Ce que je vais donner, c’est le point de vue de l’enseignante. Concrètement, qu’est-ce qu’on a fait avec les élèves ? En tant qu’enseignante, j’ai été frappée par l’originalité du projet. Je pense que c’est un projet qui est original à plus d’un titre. D’une part par sa temporalité. On a commencé l’année dernière, avec des élèves de quatrième, et on a continué à la rentrée avec des élèves qui étaient en troisième. Les mêmes élèves, mais cela concerne deux années scolaires. Il y a là déjà un aspect qui peut avoir une implication pédagogique.

L’autre aspect intéressant et original, c’est l’interdisciplinarité entre l’EPS et l’histoire. Ce n’est pas forcément quelque chose d’évident et de courant. Il peut y avoir des projets... J’avais déjà mené un certain nombre de projets interdisciplinaires, mais plutôt avec des enseignants de français ou d’arts plastiques, par rapport à l’histoire des arts, mais avec l’EPS... C’est quand même une approche assez originale des choses. 

Egalement, ce qui est assez intéressant dans ce projet, c’est l’implication de différents établissements. Le fait que cela ne concerne pas que notre collège, que cela ne concerne pas que Louise Michel, mais que cela concerne d’autres collèges des alentours, également un lycée. Il y a cet aspect-là qui est forcément enrichissant. Également, le fait que ce projet émane d’un principal adjoint qui a tout de suite reçu l’adhésion de ses enseignants. Ce n’est pas non plus forcément quelque chose de courant. C’est quelque chose à souligner.

Un projet original, intéressant, qui a concerné des élèves de quatrième dans un contexte de classe, et des élèves de sixième cinquième, mais pas dans un contexte de classe, c’est-à-dire des élèves volontaires, dans le cadre d’un atelier. Moi, j’étais en charge des élèves de quatrième, puisque j’avais ces élèves-là, cela correspondait à la quatrième, section sportive, du collège, et Mme Thibert s’est chargée des élèves de sixième cinquième. Pourquoi deux enseignants et sur deux niveaux très différents ? Pour la quatrième, on comprend bien, par rapport aux programmes. Pour les sixièmes cinquièmes, tout simplement parce qu’il y a l’implication de Mme Thibert qui était intéressée par ce projet. Elle a travaillé pendant longtemps avec les anciens combattants. Elle a des liens forts également par rapport à la commune, par rapport au contexte, par rapport à Faremoutiers. Elle est impliquée sur le plan local. Elle a souhaité pouvoir poursuivre ce projet avec des sixièmes cinquièmes, même si, bien évidemment, l’approche est un petit peu différente par rapport à des élèves de quatrième. Donc, deux contextes, et ce projet pouvait tout à fait s’envisager de deux façons différentes avec des niveaux différents.

Par rapport aux objectifs pédagogiques, il est clair que pour les quatrièmes, il y a l’objectif des programmes. Ceci dit, ce projet était centré sur la bataille de la Marne. Dans les programmes d’histoire de troisième, ce n’est pas central. On en parle un petit peu, histoire de… Mais il est vrai que cela n’est pas central. On l’a vu ce matin, on va axer plus sur Verdun, sur le génocide arménien, etc. Donc, la bataille de la Marne, ce n’est pas du tout central. Ceci dit, cela peut être une entrée en matière. Cela peut être effectivement une accroche pour les élèves. Justement, cela peut être le moyen aussi de leur faire comprendre que la Première Guerre mondiale, ce n’est pas juste une guerre de position. Laurence de Cock, ce matin, disait que les élèves retiennent « les tranchées, la boue, les rats ». C’est aussi une façon de leur faire comprendre que, avant qu’il y ait cette guerre de position, il y a eu une période de guerre de mouvement, qu’il a fallu ensuite une adaptation entre les deux aspects de cette guerre. Après, on revient à une guerre de mouvement. J’espère que ces élèves, si jamais on leur posait la question « racontez la Première Guerre mondiale », sortiraient autre chose que « les tranchées, la boue et les rats ». (Ils le sortiraient aussi, c’est clair.)

– [M. Honoré] Je disais, à propos de la mobilité... Le point numéro trois du rallye, c’était un hôpital vétérinaire équin – dans un très beau corps de ferme du XVIIe siècle par ailleurs, ce qui ne gâte rien. Pourquoi ce lieu a-t-il été choisi ? Tout simplement parce que ce corps de ferme a un escalier équin qui permet de monter à cheval jusqu’au deuxième étage. On a eu là des chevaux qui ont été soignés. C’est un des lieux qui a été le plus prisé par les élèves qui ont fait le rallye.

– [Mme Henry] Pour les objectifs en dehors du programme, il y a aussi le fait d’ancrer la Première Guerre mondiale dans le local, au niveau de l’échelle locale, au niveau de la commune, de façon à ce que pour eux, cela prenne une autre dimension. La Première Guerre mondiale, pour eux, cela s’est passé il y a hyper longtemps, donc cela appartient pour eux à l’histoire. C’était leur faire comprendre que c’est peut-être plus que cela, en les impliquant par rapport à leur commune et aux alentours. Donner plus de substance, plus de corps, donner une épaisseur à cette bataille de la Marne.

Le troisième objectif – et cela concernait aussi les sixièmes cinquièmes –, c’est l’idée qu’à travers le travail aux Archives, on leur fait un peu découvrir ¬– évidemment, c’est une petite ambition quand même… – le travail de l’historien, qui s’appuie sur des archives, sur des témoignages... Sur des documents très variés, également, puisque Mme Thibert a récupéré un certain nombre de documents émanant d’une famille locale. Donc des archives qui peuvent être officielles – enfin, pas officielles, mais qui sont « classées archives » –, mais également des archives qui sont encore détenues à titre privé. Également par rapport à l’inscription dans les paysages. C’est aussi une façon de leur faire découvrir le travail de l’historien, et pour les sixièmes cinquièmes, cela peut être important. Pour les sixièmes cinquièmes, on peut se dire, même s’ils sont encore loin d’entrer en troisième, qu’il en restera peut-être quelque chose quand ils seront en troisième.

Au niveau des temps forts, comment cela s’est déroulé ? Je parle principalement des quatrièmes puisque j’ai travaillé avec les quatrièmes. On leur a présenté le projet, bien sûr. Je leur ai fait un petit topo sur la Première Guerre mondiale, sans entrer dans les détails parce qu’ils étaient en quatrième. Je leur ai présenté la bataille de la Marne, avec une carte, pas quelque chose de théorique. On resitue par rapport à une carte. Également par rapport à des images de soldats en uniforme. Aussi bien sûr les fameux taxis de la Marne, parce que c’est un incontournable. Donc une présentation pour qu’ils puissent resituer, en insistant sur le fait que notre région, comme l’a dit M. Honoré, était concerné par le corps expéditionnaire anglais. On resitue…

Deuxième temps fort, nous sommes allés aux Archives départementales. C’était en décembre ? Je voyais cela plus tard... Non, c’était en février. Nous sommes allés aux Archives départementales. Les élèves ont visité les lieux. C’était une façon de découvrir le lieu, dont ils n’avaient jamais entendu parler pour la plupart., ce n’est pas forcément quelque chose d’évident. Également, manipuler ces fameuses archives. Et alors, ce qui les a marqués – encore que je ne devrais pas le dire, c’est plutôt les élèves qui devraient le dire –, c’est le fait de porter des gants, des gants blancs. Ce matin, pour ceux qui ont fait la visite, la personne qui nous a guidés nous a dit qu’on ne demandait pas, ici, que les personnes utilisent des gants blancs pour manipuler les archives. Mais là, ils ont utilisé des gants, et c’est vrai que ça les a impressionnés. Ils avaient vraiment l’impression de toucher quelque chose d’important, d’être en contact avec l’histoire. Le fait aussi...

Il y a une sorte de cérémonial. Ils étaient répartis autour d’une table, il y avait différents groupes, avec un dossier seulement par table, de façon à ce que… Si on avait mis deux dossiers, il aurait pu y avoir un risque de mélange de papiers. Bien leur faire comprendre : on regarde, on consulte le dossier ; une fois qu’on a fini de consulter un dossier, on le met de côté, on passe à un autre, parce que c’est important de ne pas tout mélanger. Il y avait un côté organisé, un côté « on fait attention ».

Ils ont travaillé sur les affiches. Les affiches – je suis désolée –, ce n’est pas forcément ce qui les a inspirés le plus. Ils ont été plutôt sensibles aux demandes d’indemnisation. En particulier, il y a eu boucher qui a vu réquisitionner ses torchons, ses couteaux, tout un ensemble de choses, peut-être pour la clinique vétérinaire pour les chevaux qui se trouvait à quelques kilomètres, je ne sais pas. Par rapport à ces documents écrits, voir l’écriture, la formulation, voir aussi que parfois il pouvait y avoir des fautes d’orthographe, cela les a un peu rassurés. Ils ont été étonnés de voir la belle calligraphie des gens de l’époque. La façon dont les phrases étaient structurées, tout cela. Cela les a effectivement assez interpellés. Pour les affiches, ils ont quand même tenté de faire des affiches. Il y en avait qui n’étaient pas trop mal, quand même. Cela, c’était le deuxième temps fort.

Troisième temps fort. Suite à cela, ils ont restitué par écrit, j’ai tout récupéré. Ils ont effectué un travail en groupe à partir de questionnaires que j’ai élaborés, sur les renseignements qu’ils avaient collectés aux Archives et sur Internet. Dans la salle, j’avais déjà un ordinateur, on en a installé un deuxième, donc ils ont pu faire des recherches. Ensuite, avec tout cela, on a fait une sorte de compilation pour élaborer le texte qui était lu pendant le rallye. Il y a eu deux textes faits, le nôtre qui a lancé le rallye dans le gymnase, et celui des sixièmes cinquièmes, avec Mme Thibert, à Faremoutiers.

Fin juin, nous sommes allés au Musée de la Grande Guerre voir l’exposition sur le corps expéditionnaire anglais, ce qui semblait assez logique, et, en septembre, nous avons fait ce fameux rallye. Interdisciplinarité oblige, j’y ai participé sur un vélo, je ne me suis pas contentée seulement de faire le côté histoire. C’était vraiment super intéressant et très agréable de commencer l’année de cette façon.

Pour aller plus loin, je dirais que par rapport à ce projet, j’ai vu une différence entre les élèves qui ont participé à ce projet et les autres élèves de troisième, puisque j’ai trois classes de troisième. C’est vrai que les élèves de la classe de troisième qui a participé étaient très impliqués et ont bien participé ensuite. Se pose peut-être le problème : comment ouvrir cela aux autres élèves, comment réinvestir pour les autres élèves, comment approfondir les relations avec les autres établissements ?


Richard Honoré

Vous avez Lauryn, qui était dans la classe de quatrième l’année dernière et qui est en troisième cette année, et qui fait aussi du duathlon, qui est en section sportive, et puis Salomé qui était en cinquième l’année dernière, en quatrième cette année, et qui a travaillé plus sur le fonds privé. On va leur laisser la parole.


Lauryn, élève au collège Louise Michel de Faremoutiers

Je suis une élève de la section sportive du collège de Faremoutiers. Nous avons organisé un rallye VTT, le « Cent pour cent », avec les collèges Stéphane Mallarmé de Fontenay-Trésigny et George Sand de Mouroux. Il y a aussi eu le lycée La Tour des Dames de Rozay-en-Brie. C’était un rallye de 31 km. Tous les lieux de mémoire ont été identifiés par les élèves. La section sportive a tracé sur le parcours la ligne d’avancée extrême des troupes allemandes du 5 septembre 1914.

Nous avons commencé la journée avec des discours lus par la vice-présidente du conseil général 77. Ensuite, nous nous sommes rendus sur la place du village de Faremoutiers pour y étudier l’accrochage entre les Britanniques et les Allemands du 5 septembre 1914. Nous sommes allés à Mortcerf pour y étudier un ancien hôpital vétérinaire allié puis à Crèvecœur pour la stèle de la Première Guerre mondiale indiquant le passage des uhlans du deuxième corps de cavalerie allemand, du 5 au 6 septembre 1914. Nous avons été à Marles-en-Brie pour une lecture d’un extrait de journal du curé du 4 au 6 septembre 1914 et d’une lettre sur le premier mort issu de la commune. Ensuite, à Lumigny, pour l’accrochage, dans la rue de la Vignotte, entre les cavaliers britanniques et les cavaliers allemands. Puis à Rigny pour y étudier le site d’un aérodrome de campagne de la Royal Air Force. Notre dernière étude est à Nesles, pour l’accrochage sur le site de la ferme de la Fortelle, occupé le 5 par les Allemands, et la reprise des Britanniques le 6 au matin.


Salomé, élève au collège Louise Michel de Faremoutiers

Je m’appelle Salomé.

L’année dernière, on avait étudié plein de documents pour trouver ce qui s’était passé dans le village de Faremoutiers. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a énormément de choses que je n’aurais sûrement pas faites si je n’avais pas participé à ce projet, comme dernièrement, le 11 novembre : on est allés à l’Arc de Triomphe assister à la cérémonie dans les tribunes, c’est-à-dire au plus près de l’Arc de Triomphe. C’est quelque chose d’assez extraordinaire.

Aussi le fait, comme l’a dit Mme Henry, de toucher tous les documents qui sont assez vieux. C’est quelque chose que je ne pourrai sûrement pas refaire au cours de ma vie. Aussi le fait que ce soient les anciens combattants... C’est toute une mémoire qui nous a été transmise. À nous de la partager avec les autres. C’est quelque chose de très important pour moi. Par exemple, quand je me balade dans mon village aujourd’hui, la rue où j’habite, je sais ce qu’elle signifie. C’est quelque chose d’extraordinaire, parce que par exemple, Mme Thibert a pu nous indiquer où s’étaient passés exactement les événements qui nous ont été décrits dans des documents qui datent.