Comment Astérix est-il devenu universel ?

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Carine PICAUD
Commissaire de l’exposition « Astérix à la BnF »

[Je vais vous présenter] l’exposition « Astérix à la BnF », qui est actuellement en cours, et qui se poursuit jusqu’au 26 janvier 2014. L’origine de l’exposition est le don fait par Albert Uderzo en mars 2011, de 120 planches originales, se rapportant à trois albums de la série. Le premier, Astérix le Gaulois, qui paraît dans Pilote le 29 octobre 1959, le second, La Serpe d’or, et puis le vingt-quatrième album, Astérix chez les Belges, qui est le dernier fait avec René Goscinny, puisque René Goscinny est décédé brutalement le 5 novembre 1977. Ces planches sont venues rejoindre, au sein des collections de la réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de France, la Bible de Gutenberg, les épreuves corrigées des Fleurs du mal de Charles Baudelaire, ou bien encore le Buffon orné de dessins originaux par Picasso pour Dora Maar.

Avec ce don exceptionnel, c’est le premier grand fonds important relevant du neuvième art qui entre à la Bibliothèque nationale de France, et ce don exceptionnel a aussitôt suscité le projet d’une exposition, afin de permettre au public de s’approprier en partie ce trésor national. Ce n’est pas la première fois que la bande dessinée s’expose à la Bibliothèque nationale puisqu’il y avait eu précédemment « Maîtres de la bande dessinée européenne » à l’automne 2000, qui consacrait de manière officielle la reconnaissance d’un genre à part entière. L’exposition « Astérix à la BnF » franchit un cap supplémentaire puisqu’elle rend hommage non seulement au genre bande dessinée, mais à une œuvre en particulier, une série qui vient de voir paraître son 35e album. Par-delà le genre, celui des petits Mickey, longtemps décrié et mésestimé, Astérix incarne un phénomène populaire, tellement populaire qu’il est en quelque sorte familier à tout un chacun, et si phénoménal qu’il en est universel. Pour Albert Uderzo, qui se qualifiait avec son complice René Goscinny, je cite, de « besogneux de la futilité », voir son œuvre conservée et exposée à la Bibliothèque nationale de France, est incontestablement lourd de sens, un signe fort, une reconnaissance que jamais il n’aurait osé imaginer en 1959.

Compte tenu du statut transgénérationnel de la série, l’exposition s’est donné comme objectif de s’adresser à un large public, depuis les pionniers qui ont découvert Astérix le petit Gaulois à la naissance de Pilote jusqu’aux jeunes lecteurs d’aujourd’hui, qui semblent connaître la série moins par la lecture des albums que par les dessins animés, les films, les jeux vidéo et autres produits dérivés. Pour capter ce public composite, nous avons fait choix d’allier un propos scientifique à une présentation ludique au moyen de dispositifs spécifiques et à travers une variété de pièces qui incluent des figurines de collection, notamment celles en métal peint éditées en tirage limité par le fabricant Pixies. Mais également des figurines de Leblon-Delienne ou Attakus. Un livret a été élaboré pour guider les enfants dans leur visite par le jeu.

Il y avait là pour la BNF, à l’image si sérieuse, un véritable défi à relever. La scénographie, conçue par l’équipe je formule, Estelle Maugras et Juliette Dupuy, a bien sûr participé de façon très importante à cette ambition. Évitant la reconstitution en carton-pâte, l’équipe suggère l’univers de la bande dessinée à travers un parti pris, celui du blanc, qui évoque la case, et sur lequel contrastent les agrandissements colorés. Le village occupe une place circulaire, modulée par des effets d’éclairage qui créent une ambiance nuit à laquelle succède une ambiance jour, et également un espace qui est animé par le raffut des irréductibles Gaulois. De façon également à diversifier cette approche, il y a une multiplicité de diaporamas, diffusés sur des petits écrans, qui animent le parcours, et qui font défiler une succession de cases, permettant de cerner un personnage, de passer en revue la typologie des banquets, ou d’appréhender la richesse du graphisme d’Albert Uderzo. Pour la première fois, la Bibliothèque nationale de France, dans la préparation d’une exposition, a procédé à une enquête, sous la forme d’un focus group, pour cerner au plus près les attentes du public. Cette enquête a révélé, entre autres, le souhait que l’exposition ne soit pas une exposition uniquement de papier, mais propose une diversité d’approches par ses pièces, et notamment, c’est cette enquête qui a suggéré, parmi la diversification des pièces exposées, un costume, et qui m’a conduit à chercher un costume de cinéma, en l’occurrence celui d’Obélix porté par Gérard Depardieu dans le dernier film Astérix et Obélix au service de Sa Majesté. La variété des quelque 400 pièces participe également de cette adresse à un public large puisque ces pièces relèvent aussi bien de planches originales, de planches imprimées parues dans l’hebdomadaire Pilote, de manuscrits et de dactylographies de René Goscinny, d’albums, mais aussi de pièces archéologiques, de jeux et jouets, de produits publicitaires, d’extraits d’émissions radiophoniques et télévisées, de dessins animés et de films. Prend place également dans cette exposition un tableau gigantesque du peintre Lionel Royer.

Dans le parcours de l’exposition a été aménagé un espace pour la lecture des albums et des études critiques consacrées à la série. Enfin, la visite se conclut, en plus du traditionnel livre d’or, par un « mur d’or », un vaste pan de mur sur lequel les visiteurs sont invités à inscrire leur appréciation, et parfois bien au-delà, leur relation à Astérix. Le plan de l’exposition est construit sur quatre parties. La première partie est consacrée à Astérix avant Astérix, et nous mène de la naissance des auteurs, en 1926 - 1927, jusqu’à la publication de la toute première planche en 1959. Elle permet donc, avec cette vue d’Astérix au berceau, de voir tout ce qui a contribué à la naissance de la série. La seconde partie immerge le visiteur dans l’univers d’Astérix, avec trois espaces successifs consacrés au village, au monde romain puis aux voyages. La troisième partie aborde le phénomène Astérix dans toute son ampleur et sa diversité. Et la quatrième partie, une fois la mesure de ce phénomène prise, propose d’analyser, de décortiquer les ingrédients qui font la recette du succès de cette bande dessinée depuis plus de 50 ans.

Le fil conducteur qui traverse cette exposition, c’est l’amitié. L’amitié entre deux hommes avant tout, l’amitié entre deux auteurs et deux génies du neuvième art que sont le dessinateur Albert Uderzo et le scénariste René Goscinny. Au berceau d’Astérix, donc, il y a ces deux auteurs, tous deux issus de l’immigration puisque Albert Uderzo est né de parents italiens (la famille Uderzo acquiert la nationalité française en 1934) ; et du côté de René Goscinny, les origines sont ukraino-polonaises, René Goscinny suit ses parents, partis s’installer dès 1928, alors que René Goscinny n’a que deux ans, en Argentine, à Buenos Aires. René Goscinny fera toutes ses études au collège français de Buenos Aires, puis, en 1945, il partira s’installer aux États-Unis, en quête d’un eldorado. La toute première sous-partie de la première partie dresse en parallèle la jeunesse et la formation respective de ces deux auteurs, avec les influences communes qui bercent cette jeunesse, à savoir le cinéma burlesque américain, que ce soient les Marx Brothers ou bien Laurel et Hardy. Également tous les périodiques, les illustrés destinés à la jeunesse dans les années 30, Le Journal de Mickey, qui fait son apparition en 1934, L’Epatant, de la société parisienne d’édition dans laquelle paraissent les Pieds-Nickelés, et tous les journaux que cite fréquemment Albert Uderzo, tels que Junior, Hop-là !, L’Aventureux et bien d’autres, qui circulaient de main en main entre les camarades. Il y a également une influence commune qui est majeure, essentielle, c’est le rêve de faire de l’animation comme Walt Disney. Un rêve de gosse qu’ils réaliseront en 1974 et qui, à l’âge de l’adolescence, se concrétise par deux dessins, une Blanche-Neige que vous voyez ici, signée par Albert Uderzo, et une autre Blanche-Neige, cette fois-ci réalisée par René Goscinny. Venus à la bande dessinée entre 1945 et 1950, René Goscinny et Albert Uderzo travaillent pour des agences belges qui les font se rencontrer en 1951. Plus qu’une rencontre, c’est une reconnaissance mutuelle, une ambition commune de renouveler la bande dessinée humoristique pour la jeunesse, en se démarquant des modèles prédominants, et qui propose de faire grandir la bande dessinée humoristique vers un humour plus élaboré, qui se distingue par un style et un ton très différents.

Vous avez ici Belloy, la série que Albert Uderzo illustre sur un scénario de Jean-Michel Charlier, où l’on retrouve aussi le style de Albert Uderzo dans les années 45-50, avec des héros assez musclés, comme l’on voit ici, et les créations de René Goscinny qui commence en bande dessinée en portant la double casquette de dessinateur et de scénariste. La casquette de scénariste qu’il va abandonner assez rapidement, mais, pour l’heure, il signe donc deux séries, dont notamment Dick Dicks, la toute première, qui paraîtra en 1951 dans le supplément hebdomadaire pour la jeunesse de La Wallonie, quotidien belge.

Dès leur rencontre, René Goscinny et Albert Uderzo vont travailler ensemble dans des travaux souvent alimentaires, mais ils vont aussi créer une première bande dessinée humoristique qui s’appelle Jehan Pistolet en 1952, puis, en 1954, sur une commande, Luc Junior, une série toujours humoristique sur un schéma tintinesque, puisque nous avons le jeune héros Luc Junior avec son acolyte le photographe La Plaque, et puis le petit animal de compagnie qui, sur ce feuillet d’esquisses est encore un ourson, et qui deviendra un chien. Mais la véritable première œuvre qui va connaître un certain succès et qui est surtout essentielle dans la préparation d’Astérix, c’est bien sûr Oumpah-Pah, qui véritablement fait figure de laboratoire pré-astérixien. L’exposition en montre les deux naissances, en quelque sorte, c’est-à-dire une première naissance avortée dès fin 51 - début 52, et puis le second projet Oumpah-Pah, qui cette fois-ci sera publié dans le journal Tintin, et qui rassemble les ingrédients, aussi bien scénaristiques que langagiers ou graphiques, qui seront à l’œuvre dans Astérix.

Les circonstances qui ont favorisé la naissance d’Astérix, il y en a trois principales. La première, c’est le renvoi de René Goscinny, en 1956, par l’agence belge qui l’employait, suite à une réunion qui visait à organiser un petit peu la profession des scénaristes et dessinateurs de bandes dessinées. René Goscinny va faire office, en quelque sorte, de tête de Turc, va être renvoyé par l’agence belge, et dans le sillage, ses amis Albert Uderzo et Jean-Michel Charlier vont donner leur démission, ainsi que Jean Hébrard, qui était responsable de la publicité. Ces quatre hommes vont alors pouvoir créer leur propre agence d’édition et de publicité, en France cette fois-ci, sise place de la Bourse dans un premier temps, qui s’appellera Edifrance et Edipresse. Pour la première fois, Albert Uderzo, René Goscinny et Jean-Michel Charlier vont avoir entre leurs mains les rênes de publications, et ils vont pouvoir progressivement faire paraître la bande dessinée telle qu’ils l’entendent.

La seconde circonstance favorable à la naissance d’Astérix, c’est bien évidemment la création de l’hebdomadaire Pilote, qui est due à l’initiative de François Clauteaux, un ancien publicitaire de chez L’Oréal, qui, depuis très longtemps, nourrissait ce projet de créer un hebdomadaire pour la jeunesse qui serait à la fois informatif, didactique, distractif, avec pour caractéristique essentielle de proposer des bandes dessinées d’inspiration française, pour contrecarrer l’invasion des bandes dessinées américaines. François Clauteaux propose à l’équipe Edifrance - Edipresse de remplir les pages du futur hebdomadaire à paraître. Là encore, René Goscinny, Albert Uderzo et Jean-Michel Charlier sont maîtres de ce qu’ils vont publier. Pour cet hebdomadaire, le tandem Goscinny - Uderzo imagine une série humoristique, animalière, sur le thème du Roman de Renart, dont vous voyez ici la première planche, qui est présentée dans l’exposition, aquarellée, et qui va être abandonnée soudainement lorsque Raymond Poïvet, autre auteur de bandes dessinées qui participe aussi à la naissance de Pilote, va faire savoir aux auteurs que le Roman de Renart est déjà pris, déjà illustré par quelqu’un d’autre, en l’occurrence Jean Trubert. Et aussi bien René Goscinny qu’Albert Uderzo n’iront pas voir ce que fait Jean Trubert (c’est en fait du récit illustré et non de la bande dessinée). Ils vont abandonner leur projet et, du coup, vont être dans l’urgence d’une nouvelle idée à trouver d’ici le mois d’octobre 59. Nous sommes en plein été, il leur reste donc quelques semaines. Enfermés dans l’appartement d’Albert Uderzo à Bobigny, dans une effervescence, à un moment donné, René Goscinny va suggérer au dessinateur de passer en revue les grandes époques de l’histoire. Ils vont commencer avec la Préhistoire, dont les quelques croquis témoignent ici de premières recherches, et ils vont très vite conclure que cela ne les inspire pas énormément – et puis l’impression que cela a déjà été fait… Donc, ils vont abandonner, mais on voit déjà qu’en haut du feuillet, dans le coin gauche, un Gaulois s’immisce, et que progressivement germe la leçon d’histoire suivante, à savoir nos ancêtres les Gaulois, une suggestion qui, immédiatement, va faire tilt chez les deux auteurs, une sorte de « Bon sang, mais c’est bien sûr ! ».

L’exposition ouvre une sorte de parenthèse à ce moment précis du parcours, pour faire un retour arrière et essayer de comprendre le poids du mythe gaulois forgé au XIXe siècle, véhiculé par les institutions, sous la IIIe République essentiellement par l’école et ses manuels scolaires, mais aussi par les beaux-arts, et qui livre pour message une image de nos ancêtres les Gaulois, une image archétypale, avec une figure bien évidemment essentielle qui est celle de Vercingétorix, premier grand héros national « mort pour la patrie », expression que l’on trouve dans le best-seller de l’époque qui est Le Tour de la France par deux enfants, manuel de lecture courante, ce premier grand héros national, dont l’image est reproduite sur les bons points, sur les protège-cahiers et dans les manuels et les livres destinés à la jeunesse. Et puis les beaux-arts. Vous avez ici un buste de Brennus par Louis Kley, qui concentre toutes les caractéristiques de cet imaginaire gaulois. Il a sur les épaules une peau de bête, parce que ces Gaulois sont quand même des sauvages, au mieux des demi-sauvages. Il a les grandes moustaches tombantes, les cheveux au vent, et bien sûr le casque ailé, surmonté des ailes de la victoire. Voici Vercingétorix, dans un tableau monumental (3,21 m par 4,82 m), qui nous a soucié un petit peu pour pouvoir être installé dans l’espace d’exposition, un tableau monumental qui a ce point commun avec Astérix de proposer beaucoup d’anachronismes dans son image. Mais l’essentiel n’est pas là, l’essentiel est dans la théâtralisation de la scène de ce Vercingétorix dominant le proconsul Jules César. Ce tableau est mis en perspective, c’est-à-dire qu’il est visible dès l’entrée de l’exposition, et l’on a ainsi, depuis la naissance des deux auteurs, les origines italiennes d’Albert Uderzo, les origines ukraino-polonaises de René Goscinny, et en perspective, ce mythe gaulois tout au bout de l’allée. Ce tableau est présent dans l’exposition pour deux raisons, parce que, d’une part, tous les petits Français qui passaient sur les bancs de l’école avaient peu ou prou cette image ou une variante de cette image, et puis, bien évidemment, elle est caricaturée dès la planche 1, case 2 d’Astérix le Gaulois, avec cette petite divergence, puisque Vercingétorix jette ses armes sur les pieds de César qui crie un « Ouap » de douleur.

Nous arrivons à la naissance d’Astérix, puisque les auteurs tiennent là leur idée. Leur idée, je dirais inédite, c’est de s’emparer de ce mythe gaulois par le biais de l’humour, de la parodie, de le déboulonner quelque part, ce qui n’avait jamais été fait précédemment puisque les Gaulois dans la bande dessinée avant Astérix, c’est bien sûr Alix, l’épisode du Sphinx d’or, l’épisode d’Alésia, donc une bande dessinée réaliste. Avec Astérix donc, c’est le biais de la dérision, de la parodie à la fois de l’histoire et de l’historiographie. Vous voyez ici la toute première planche originale de la série, dessinée ou du moins repassée à l’encre de Chine par Albert Uderzo sur un crayonné que l’on devine ici et là sur les planches. Des planches qui sont dans un format double du format d’impression et qui permettent donc d’une part d’apprécier le dessin mis à nu, d’apprécier au plus juste tous les détails (et ils sont extrêmement nombreux dans le graphisme d’Albert Uderzo), et puis aussi d’être subjugué par ce dessin qui est d’un trait, sans remords, sans gouache blanche.

Cette première planche est programmatique, puisque dès la case deux, il est affirmé qu’on va prendre un petit peu le contre-pied de l’histoire. On a ce couple de Germains en case trois qui dit « Pon ! Pon !... On refiendra ! ». Vous avez la figure historique, bien sûr, Jules César, dont le physique d’ailleurs va évoluer au long de ce premier album, puisqu’en planche 44 d’Astérix le Gaulois, il aura une tête tout à fait différente, nos deux héros, Astérix et Obélix, avec une physionomie qui se cherche encore, et qui bien sûr va évoluer au fil des albums, et puis enfin une extraordinaire case d’onomatopées, un vrai programme qui annonce qu’Astérix va être une bande dessinée sonore, où le bruit est un acteur de premier plan.

Une fois actée la naissance d’Astérix, la seconde partie de l’exposition conduit le visiteur dans l’univers d’Astérix. Une véritable immersion à travers le village, le monde romain et les voyages, sous une scénographie un peu inspirée d’une coquille d’escargot, c’est-à-dire que le village est circulaire, ceinturé par un couloir où sont évoqués successivement le monde romain, puis les voyages. Cette seconde partie propose au visiteur une galerie de portraits hauts en couleur, mais aussi pour beaucoup une petite madeleine de Proust à travers une sélection de planches mémorables, et il est très fréquent que les visiteurs lisent à même la planche originale, ne se contentent pas d’en apprécier le graphisme et le caractère original, mais reprennent leur posture de lecteurs et lisent de la case une à la dernière case, et s’esclaffent. Au sein du village, les pièces exposées sont à la fois bien évidemment des planches originales (il y en a 76 ans en tout dans l’exposition) ; mais aussi, puisque Astérix c’est avant tout de la couleur, et des couleurs assez criantes dans les années 60, des fascicules de Pilote ; des écrans qui animent en quelque sorte, qui s’adressent plus particulièrement aux enfants, mais au public en général, et qui permettent de faire le tour d’une thématique ou d’un personnage ; et puis un objet archéologique, notamment pour les neuf principaux personnages retenus dans l’évocation du village. Ces objets archéologiques ont une double vocation. La première est d’insister sur l’enracinement historique de cette série fantaisiste, humoristique, qui s’ancre dans l’histoire. C’est ce dont témoignent également les notes manuscrites de René Goscinny pour sa documentation. Il y a notamment une vitrine consacrée à Astérix aux Jeux olympiques, où l’on voit trois feuillets de notes manuscrites de René Goscinny relatant la création de ces Jeux olympiques, leur déroulé, leur organisation. L’ancrage historique avec bien sûr immédiatement une distanciation parodique. À ce titre est associé à Obélix un legs gaulois. Une façon de souligner que l’anachronisme le plus géant dans la série, c’est un Obélix livreur de menhirs, mais aussi de dire qu’après tout les Gaulois ont aussi taillé de ces pierres, dans un format beaucoup plus restreint, 50 à 60 cm. Des objets qui étaient des stèles funéraires, que l’on trouve notamment en Bretagne, et le legs que nous exposons provient de Carnac.

La seconde vocation de ces pièces archéologiques, à un second degré, c’est aussi de montrer qu'Astérix aujourd’hui est devenu quelque part une passerelle vers la connaissance de nos ancêtres les Gaulois, notamment pour les jeunes lecteurs. Voici quelques exemples. Vous avez ici un casque gaulois de type Alésia, sans bien sûr les ailes sur le dessus, qui est associé au personnage d’Astérix évoqué par la planche deux d’Astérix le Gaulois, qui revient de la chasse avec un sanglier sur l’épaule. On retrouve finalement dans Astérix toute l’image reçue à l’école, à savoir que ces Gaulois sont des sauvages, au mieux des demi-sauvages, qui vivent de la chasse en pleine forêt. Ils ne connaissent pas la culture, l’agriculture. Ils sont bagarreurs, batailleurs, querelleurs… L’importance du druide qui cueille le gui avec une serpe d’or, etc. Vous avez ici une statue gauloise du deuxième siècle avant notre ère, qui évoque un barde tenant entre ses mains une lyre. Cette pièce, qui est extraordinaire, qui provient de fouilles à Paule dans les Côtes-d’Armor, et qui nous montre un hommage à un ancêtre dans une lignée aristocratique, probablement un barde. La pièce souligne donc l’importance du barde dans la société gauloise, barde incarné dans la série bien sûr par Assurantourix dont la première apparition se fait ici dans Astérix le Gaulois.

Ici, vous avez l’évocation de la bagarre. Outre les personnages, un certain nombre de thématiques telles que le rire, l’amitié, la bagarre, sont évoquées. Vous avez la planche une d’Astérix chez les Belges, dont le cartouche nous précise que le lecteur assiste là à une séance ordinaire et paisible de la vie du village, autrement dit une monstrueuse bagarre qui, du reste, était extrêmement difficile à dessiner pour Albert Uderzo. Le monde romain est évoqué entre autres par ce légionnaire en marche, provenant des collections du Musée de l’armée, et participant d’une démarche entreprise par l’ancêtre du Musée de l’armée en 1875, qui consistait à retracer l’histoire du costume de guerre à travers les âges. Nous retrouvons ce fameux légionnaire, bien familier aux lecteurs d’Astérix, avec ses caligæ , dont on sait qu’elles resteront au sol quand le légionnaire sera envoyé en l’air par une châtaigne, le pilum bien sûr, et le casque donc Obélix va se mettre à faire collection à partir d’Astérix gladiateur.

Autre parodie également des connaissances historiques que nous avons de l’Antiquité, c’est les formations de la légion romaine, avec ici deux formations avérées, la formation en carré et la formation en triangle, en cuneus. Une autre beaucoup plus suspecte, la troisième, qui est une sorte de formation en rond, un vaste conciliabule entre légionnaires. Pour évoquer César, vous avez un aureus d’Octave qui nous propose un profil de Jules César qui est rapproché de la planche 44 d’Astérix le Gaulois, où on voit donc bien que le physique de Jules César, entre la planche 1 et la planche 44, a complètement évolué.

Les voyages, troisième sous-partie de cet univers d’Astérix, ô combien importante. Vous voyez ici une carte manuscrite de René Goscinny pour préparer l’itinéraire du Tour de Gaule d’Astérix et Obélix. Il s’agit ici de la seconde carte, qui est plus proche en fait du trajet définitif. Chaque escale est associée à une spécialité culinaire.

Enfin, les visites chez nos voisins. Vous avez ici les Bretons, avec le five o’clock tea qui va interrompre les hostilités avec les Romains qui restent consternés. Le nez du Sphinx, dont on sait maintenant d’où vient le nez cassé.

On en arrive donc à la troisième partie, après un temps d’immersion qui est un temps d’objectivation, et qui se penche sur le phénomène d’Astérix, que vous voyez ici en quelques chiffres, à savoir plus de 350 millions d’albums vendus à travers le monde, une traduction en 111 langues et dialectes, 8 dessins animés, 4 films avec acteurs, et également un parc d’attractions depuis 1989. La première mesure de ce phénomène Astérix, c’est bien évidemment un phénomène éditorial, un phénomène national qui est représenté dans l’exposition par le mur des 35 éditions originales, dont vous voyez ici l’augmentation des tirages, puisque d’un tirage supposé à 6 000 exemplaires pour Astérix le Gaulois en 1961, on passe à un tirage de 100 000 exemplaires pour Astérix et Cléopâtre, et puis surtout le cap extraordinaire en 1967, avec Astérix et les Normands tiré à 1 200 000 exemplaires. Ensuite, il y aura La Rose et le glaive, qui sera tiré à 2 millions d’exemplaires, et enfin Astérix et la Traviata à 3 millions. Donc une courbe ascendante absolument extraordinaire, avec des années charnières, avec une véritable explosion du phénomène entre 1965 et 1967. À ce phénomène national fait pendant bien évidemment un phénomène mondial qui est évoqué par un mur de traductions à travers une sélection de 35 langues et dialectes sur les 111 existants, avec la toute première traduction d’Astérix. (Là, c’est la courbe des ventes à travers le monde.) La toute première traduction d’Astérix qui intervient dans un périodique pour la jeunesse portugais en 1961. Suivront aussitôt après les Anglais, notamment avec une première adaptation en 63, dans laquelle Astérix devient Beric, avec une réorientation vers l’histoire anglaise. Et puis la première traduction véritable d’Astérix en 1969, le castillan, l’allemand, et puis le turc dès 1968, l’édition argentine dès 1973. Il y a donc un essor considérable.

Actuellement, les ventes d’Astérix dans le monde se répartissent en trois tiers, on va dire ; un très gros tiers qui est consacré à l’aire francophone ; un juste tiers qui est consacré aux pays de langue allemande ; et puis un dernier petit tiers qui est le reste du monde, les autres pays. Il convient de souligner au passage le rôle des langues régionales et des dialectes locaux, qui se sont emparés de la série pour affirmer, via les traductions, leur identité culturelle. C’est un succès mondial, avec toutefois trois pays qui restent hermétiques au phénomène. Tout d’abord, malgré trois traductions en 1974 en japonais, le Japon. Le Japon reste fermé aux irréductibles Gaulois. Pas seulement, finalement, par l’importance du manga, puisque le manga est aussi important en Corée et qu’en Corée Astérix connaît un succès plus important qu’au Japon, mais plus par des raisons culturelles et une sorte d’hermétisme aux Gaulois, aux braillards gaulois, au tumulte gaulois. Il y a également la Russie, qui reste hermétique à Astérix. La Russie où, finalement, le marché de la bande dessinée est très peu développé. Enfin, les États-Unis, où là aussi il y a eu des tentatives qui ont échoué, sans doute par l’implantation très importante de la tradition du comics.

Ce phénomène international ne cesse de poser question. Comment une bande dessinée si franco-française en son inspiration – René Goscinny disait fort justement « les  Gaulois, c’est notre Far-West à nous » –, c’est-à-dire avec toute sa mythologie, et toute l’exploration, l’exploitation que l’on pouvait en faire, avec son inspiration, ses références culturelles qui sont parodiées, que ce soient Les Châtiments de Victor Hugo dans Astérix chez les Belges, Marius et Fanny de Pagnol dans Le Tour de Gaule d’Astérix, Charles Trenet, Antoine, Sheila, Dutronc, et bien d’autres... enfin franco-française par ses calembours si difficiles à traduire, comment cette série a donc-t-elle pu s’exporter à travers le monde ? Certes avant tout dans l’Europe, sur les traces de l’Empire romain, mais aussi ailleurs qu’en Europe, en Asie, en Amérique du Sud. Il faut ici saluer le travail des traducteurs qui ont su s’imprégner de l’esprit de René Goscinny et le restituer au plus juste. Je citerai notamment le cas des traducteurs anglais, qui ont pris pleinement conscience de la difficulté à rendre compte et à traduire l’humour goscinnien, et qui ont toujours cherché à compenser un passage, un jeu de mots intraduisible, par la création d’un autre jeu de mots perceptible par le public anglais. C’est ainsi qu’il substitue aux citations de Victor Hugo des citations de Shakespeare, entre autres.

Il faut également invoquer l’humour si particulier de la série qui permet une lecture plurielle, à plusieurs degrés. Je dirais qu’Astérix se dévore comme un millefeuille, avec gourmandise. C’est-à-dire qu’il propose à un premier niveau un comique qui repose sur des gags purement visuels, qui fonctionne indépendamment du texte, que ce soit un comique de situation, un tragi-comique, un comique de répétition, fonctionnant à l’échelle d’une planche. Je citerai la crise de foie d’Abraracourcix, au début du Bouclier arverne, où chacun vient appuyer sur le ventre du chef, là où ça fait mal, ou le comique de répétition à l’échelle de toute la série. Et là, c’est bien évidemment les fameux running gags, caractéristiques d’Astérix, que ce soit le « plaff » du poisson, ou bien la potion refusée à Obélix, ou bien encore les pirates. À ce comique visuel succède un comique de narration, un comique scénaristique où jouent à plein les anachronismes, les restovoies, par exemple, sur la route de l’Helvétie, ou bien la grande migration vers l’Espagne au moment de la période estivale, les stéréotypes régionaux ou nationaux et les détournements de références culturelles, qu’elles soient cinématographiques, artistiques, chansonnières ou autres. Enfin, il y a les dialogues, truffés de jeux de mots et de jeux de langue.

Donc il y a de multiples strates qui font qu’on n’en finit pas de relire Astérix, de découvrir Astérix, de comprendre un peu plus Astérix à chaque lecture. Grâce à cette lecture partagée entre petits et grands, Astérix a fait grandir la bande dessinée en la tirant hors de la stricte sphère enfantine, pour l’amener vers la bande dessinée adulte. Donc c’est une redécouverte comme je le disais sans fin, à chaque lecture, et notamment, dans l’exposition, avec les notes manuscrites de Goscinny préparatoires à Astérix en Corse, où il liste tous les stéréotypes assez corsés, c’est le cas de le dire, qui vont prendre place dans l’histoire. Vous trouvez souligné le pilum à cran d’arrêt et, lorsque vous lisez la bande dessinée, vous ne prêtez pas attention à ce pilum à cran d’arrêt qui fait « clic clac » comme le couteau. De même, l’accent gaulois. Dans La Grande traversée, vous avez un serviteur gaulois devenu esclave des Normands mais qui conserve son accent gaulois. Cet accent est perceptible parce que sur les a, on ne va pas trouver un petit rond mais un carré, et que les o seront barrées par un trait oblique inversé.

Tout cela pour dire que René Goscinny ne laisse rien au hasard. Tout est extrêmement fouillé. Dans le banquet final du Tour de Gaule d’Astérix, la planche 44 se termine par le retour au village, et la spécialité du village, la châtaigne, qui va être servie au centurion Fleurdelotus, lequel va se retrouver dans les pommes, et au-dessus de sa tête, le lecteur peut voir des étoiles qui tournent autour de la tête du centurion. Et là, le scénario de René Goscinny précise à l’intention du dessinateur Albert Uderzo que ces trois étoiles sont bien évidemment celle du guide Michelin et viennent clôturer un tour de Gaule culinaire.

Astérix, c’est l’œuvre de deux enfants immigrés qui ont su s’approprier leur culture d’accueil tout en conservant une ouverture sur tout ce qui est hors de Gaule. Exaspéré par les accusations de chauvinisme, de franchouillardise, voire de xénophobie portées à l’encontre de la série, René Goscinny se fâche en 1974, pour la première fois, rappelant notamment ses vingt-quatre années passées à l’étranger, c’est-à-dire ses années passées en Argentine puis aux États-Unis, et puis évoquant aussi pour la première fois la disparition de trois de ses oncles à Auschwitz. Donc en aucun cas Astérix n’est une série repliée sur elle-même, nombriliste, chauviniste, mais au contraire une série qui est ouverte sur l’autre. D’un pays à l’autre, on rit des travers stéréotypés du voisin, car les clichés transcendent les frontières, et on rit aussi de sa propre image caricaturée.

Le succès international d’Astérix s’explique entre autres par la place qui est accordée dans la série à l’étranger, via notamment les stéréotypes nationaux qui ne sont jamais empreints de malveillance ou de mauvaises intentions, mais plutôt d’un esprit bon enfant, d’une certaine camaraderie et d’un regard amical. Les autres déclinaisons – je dérivais à partir du phénomène éditorial Astérix ; l’exposition aborde les autres déclinaisons de ce phénomène, qui confirment toutes les années charnières que sont 1965 - 1970 –, avec bien évidemment un phénomène médiatique, les couvertures de presse, les plateaux télévisés, notamment la prépublication dans le quotidien Le Monde à l’été 74, du Cadeau de César, les produits publicitaires, ce qui fait qu’entre 1965 et 1970, tous les produits de la vie quotidienne se couvrent d’Astérix, depuis l’eau Saint-Yorre, l’huile Huilor, les petits gâteaux Chamonix, etc. Egalement l’incursion dans le domaine du jouet, avec un panorama qui va là encore se développer et proposer de multiples variétés de jeux et jouets. Enfin, l’animation et le cinéma. Vous avez ici Astérix et Cléopâtre et puis un celluloïde pour Les 12 Travaux d’Astérix, créé par les studios d’animation Idéfix fondés par Albert Uderzo, René Goscinny et Georges Dargaud, avec véritablement comme je le disais au tout début, la concrétisation d’un rêve de gosse. À savoir avoir son propre studio d’animation. Le Parc Astérix, avec ici un dessin original d’Albert Uderzo pour l’un des nombreux automates qui ont fonctionné à l’ouverture du parc en 1989.

Les ingrédients de la potion qui font le succès d’Astérix, c’est le comique, le tragi-comique, le comique de répétition, les running gags, qui sont un rendez-vous attendu, qui créent du lien entre le lecteur et les auteurs, une complicité. On attend à chaque album les pirates, en se demandant s’ils vont être des pirates échoués, tenant un restaurant, ou s’ils vont être des esclaves ou autres. René Goscinny disait qu’il faisait du théâtre de Guignol, et c’est fort juste. On retrouve là les anachronismes, la parodie des stéréotypes, et aussi la société des années 60 et 70, le libéralisme avec le marché du menhir qui est proposé par Caius Saugrenus (caricature de Jacques Chirac) à Obélix, mais aussi les campagnes politiques, dans Le Cadeau de César, le théâtre d’avant-garde, le Living Theater, que l’on voit dans Le Chaudron, ou bien des détournements culturels. Ce sont aussi ces ingrédients qui font la recette d’Astérix : le comique langagier, les jeux de mots, et aussi les jeux de langue, le jeu avec le latin, les jeux avec l’anglais, les jeux avec les belgicismes. Et puis, bien évidemment, le graphisme d’Albert Uderzo. Un dessin grotesque avec ses personnages à gros nez, avec des personnages extrêmement riches dans leurs postures, dans leurs mimiques. Et puis un dessin riche par ailleurs parce que c’est un dessin animalier, c’est un dessin qui est animé par le mouvement, un dessin dynamique.

Mais par-delà ces ingrédients humoristiques, qui font le succès d’Astérix, il y a dans cette réussite des valeurs fortes qui traversent la série et qui parlent à tous. J’en ai retenu cinq qui sont chacune illustrée par une planche originale dans l’exposition. Ce sont la résistance, la solidarité, la démocratie, la découverte de l’autre et la liberté. Effectivement, le ressort central de la bande dessinée qui est la résistance à l’envahisseur est propice à un processus d’identification. C’est une sorte d’auberge espagnole qui est proposée là.

Enfin, l’exposition se termine sur ce qui est selon moi l’un des ingrédients essentiels d’Astérix, qui est l’amitié entre ces deux auteurs, la complicité, l’osmose dans le travail, dont finalement Astérix et Obélix sont un petit peu le miroir. En soulignant les qualités littéraires... Vous avez ici le feuillet manuscrit qui liste les stéréotypes corses. Je cède au plaisir d’en lire quelques-uns : le maquis où se perdaient les Romains ; les patronymes ; on trouve bien sûr le pilum à cran d’arrêt ; la cueillette des châtaignes ; Napoléon ; les élections avec les urnes qui brûlent et les morts qui votent ; les chiens ; la voie romaine à peine commencée (avec entre parenthèses « la flemme ») ;  toujours une arme sur soi ; le fromage avec une forte senteur ; la sieste avant de s’endormir ; etc. Vous avez ici le détournement du tableau de Bruegel Le Repas de noces. Ici, les carnets, les répertoires créés par René Goscinny et poursuivis par Albert Uderzo pour la création de calembours dans les patronymes. Un cahier pour les Romains, un cahier pour les Gaulois, un cahier pour les étrangers. Ici une liste de belgicismes qui vont trouver leur place dans les dialogues d’Astérix chez les Belges, notamment Castar, Carabistouille, Droledement, entre autres. Pépé Soupalognon y crouton entrant dans la hutte du chef avec sa première remarque « Vous avez un gros nez ». Perspicace, Pépé ! Le mouvement qui caractérise les planches et les cases d’Albert Uderzo avec ces traits de fuite, ces onomatopées, ces tremblés. Cette planche qui souligne aussi qu’Albert Uderzo est un extraordinaire bruiteur, qui rend par la lettre toute l’intensité sonore des dialogues. Et puis voilà la fameuse onomatopée.

En soulignant les qualités littéraires et artistiques de la série Astérix, ce qu’elle incarne, sa dimension phénoménale, l’exposition tente de restituer dans sa dimension patrimoniale une œuvre familière. Et je me dis, lorsque je vois les visiteurs assis dans l’espace de lecture sur les banquettes, plongés dans un album, ou bien lorsque j’entends les visiteurs quittant l’exposition en disant « ça m’a donné envie de relire toute la série », je me dis que, quelque part, la boucle est bouclée. L’exposition propose d’appréhender ce patrimoine national au plus près de sa création par les planches originales, les manuscrits, les dactylographies, en mesurant aussi Astérix en tant que phénomène universel, et finalement propose un retour au familier via la lecture intime, le plaisir et la connivence de retrouver Astérix. C’est aussi ce dont témoigne le mur d’or qui est à la fin du parcours de l’exposition, sur lequel on a beaucoup de commentaires à propos de l’exposition, mais aussi beaucoup de messages complices à Astérix et à ses auteurs.

Merci.