Ouverture

Enregistrement vidéo

transcription

Thierry GRILLET
Directeur de la diffusion culturelle à la Bibliothèque nationale de France

Bonjour à tous et merci d’être au rendez-vous, au troisième séminaire du PREAC, le pôle de ressources pour l’éducation artistique et culturelle, qui rassemble dans cette salle des enseignants et des médiateurs qui viennent d’un peu partout, de la DRAC Île-de-France, des trois académies de Paris, du CRDP, des Archives nationales, de la Cité de l’architecture et du patrimoine et du Musée d’histoire de l’immigration.

Vous savez que ce troisième séminaire succède aux deux précédents, qui s’étaient tenus en 2011 à la Cité de l’histoire de l’immigration, et l’an dernier à la CAPA, la Cité de l’architecture et du patrimoine, et cette année, je suis particulièrement heureux, au temps du président de la Bibliothèque, Bruno Racine, de vous accueillir et d’accueillir ce troisième séminaire de formation continue, qui va traiter d’un sujet très riche, puisqu’il s’agit des démarches d’appropriation relatives aux patrimoines familiers et au patrimoine universel.

L’intitulé même est déjà très riche. Qu’est-ce que le patrimoine familier ? C’est un patrimoine familial, ordinaire, personnel, intime ? Qu’est-ce que le patrimoine universel ? On aurait ici à la Bibliothèque, puisqu’on est une bibliothèque nationale, la tentation de dire que le patrimoine universel, c’est le patrimoine national. C’en est sans doute une partie mais cela n’en est pas l’intégralité. Est-ce que c’est le patrimoine public ? Ou le patrimoine sacralisé ? Autant de problématiques, je crois, que vous allez évoquer durant cette journée.

En complément de ce séminaire, les quatre structures culturelles partenaires proposent chaque année des activités ou des rencontres. Cette année, la Bibliothèque nationale vous propose une visite de l’exposition le 14 mai prochain de 14h30 à 16h30, une visite de notre exposition phare pour 2014, qui est consacrée à l’origine du conflit de la Grande Guerre « Eté 14, les derniers jours du monde ancien », que nous réalisons en partenariat avec le ministère de la défense.

Je voudrais dire deux mots sur cette exposition, parce qu’elle me semble particulièrement intéressante au regard de ce que vous allez traiter aujourd’hui. Cette exposition « Eté 14, les derniers jours du monde ancien », avec ce titre un peu à la Zweig, en fait, ne couvre que quelques semaines de la guerre. C’est en quelque sorte un essai de microhistoire en espace. On va tenter de faire le film des derniers jours qui conduisent – c’est un mot qui est un peu déterministe, mais enfin, je n’en trouve pas d’autres… – à la guerre, et les quelques premiers jours du conflit. Donc une période très ramassée, très intéressante, qui ne va pas évidemment produire les images traditionnelles et attendues de la guerre de 14 – les tranchées, la boue, les poux. Non, ce n’est pas du tout cela. C’est précisément cet été particulier qui ne laisse pas présager en effet qu’on est comme le dit je crois Blum, au bord de l’abîme.

À partir de cette exposition, et c’est je crois ce qui est intéressant pour le séminaire, vous aurez l’occasion d’en parler ce matin avec un conservateur des Archives nationales, les pièces que nous allons proposer croisent en partie, justement, le patrimoine familier, parfois familial, parfois personnel, parfois intime. Ce sont des correspondances. Des correspondances d’hommes connus – cela peut être Péguy, cela peut être d’autres hommes, de lettres, des hommes politiques –, mais cela peut être aussi des inconnus pour lesquels la Bibliothèque a sorti un certain nombre de pièces qui permettent de documenter ou de chroniquer cette toute petite période qui conduit en effet à la guerre. Je crois que c’est assez intéressant.

Et puis, pour accompagner cette exposition, au même moment, vous aurez l’occasion de voir, dans l’allée Julien Cain, qui jouxte la Grande Galerie dans laquelle sera présentée cette exposition, un essai de croisement, précisément, de ce patrimoine familier et du patrimoine universel. C’est un travail d’un jeune photographe, Jean-Pierre Bonfort, qui travaille avec ce qu’on appelle l’e-photographie, c’est-à-dire avec son téléphone. Il fait un travail à partir de photographies communes, de photographies très personnelles, très intimes, celles que nous faisons tous les jours, du reste, chacun d’entre nous, mais qu’il constitue en œuvre. Il a choisi, justement, de repartir sur les traces de quelque chose qui était là aussi en quelque sorte un patrimoine familial. C’était le carnet de guerre de Louis Barthas. Louis Barthas, vous le connaissez sans doute, c’est un tonnelier qui va tenir son carnet de guerre pendant quatre ans et, il y a une vingtaine d’années, Rémy Cazals, qui est un grand historien de la guerre, a exhumé ce carnet et l’a édité. D’une certaine manière, c’est déjà une première transition d’un patrimoine personnel, intime, à un patrimoine sacralisé, devenu patrimoine en quelque sorte national, puisqu’il est ouvert à la publicité de l’édition. Derrière cela, au-delà de ce travail de l’historien qui a constitué – je crois que c’est une première appropriation du patrimoine familier – ce patrimoine ordinaire en patrimoine public, il y a le travail de l’artiste qui, lui, en quelque sorte, va négocier une nouvelle étape de cette transition du patrimoine familier à un patrimoine universel, puisque son travail est de repasser par les endroits qui sont décrits dans le carnet de guerre de Louis Barthas, et puis de les documenter avec son appareil. Mais une documentation qui, vous en conviendrez, n’est pas une documentation objective. C’est la documentation d’un photographe, qui fait œuvre, et qui a un point de vue. Le point de vue, du reste, et indiqué par les prises de vues elles-mêmes.

Vous voyez, à travers cette visite, à travers ce rendez-vous, ce sera l’occasion pour vous de voir en œuvre, mise en œuvre, le croisement, le dialogue, entre ces deux types de patrimoine. Et je voudrais ajouter une chose, c’est que si on est si heureux d’accueillir votre séminaire aujourd’hui, autour de ce thème, nous, e en particulier les Archives nationales, c’est que, il y a quelques semaines, nous avons lancé une grande collecte auprès des gens, des citoyens, qui sont venus déposer aux archives, aux Archives nationales, aux archives départementales, et à la Bibliothèque, pendant près d’une semaine, entre le mercredi et le dimanche, qui sont venus déposer leurs archives familiales qui documentent la geste familiale au regard de la Grande Guerre. C’était passionnant. Voilà un exemple vivant de la sensibilité que chacun d’entre nous peut avoir en matière de patrimoine familial, et de son désir de voir ce patrimoine familier devenir un patrimoine culturel public.

Évidemment, je suis descendu voir comment ça se passait. D’abord, c’était énorme. On a reçu près de 1 000 personnes en quelques jours et près de 10 000 documents ont été déposé à la Bibliothèque. Des documents de divers intérêts, de diverses valeurs. Je me souviens d’un samedi après-midi. Je passe près d’une table. On avait organisé cette collecte très simplement, très familialement. On avait des tables dans les couloirs, et puis les gens venaient trouver la personne en disant « voilà, j’ai mon carton » – vous voyez, les gens arrivaient avec des petits cartons, des sacs de plastique, etc. Et je passe près d’une table, il y a une dame d’une soixantaine d’années qui est là, avec de tout petits cartons, qu’elle ouvre précieusement. Et que sort-elle ? Elle sort des plaques de verre qui étaient des vues stéréoscopiques de la Guerre de 14. Ces plaques de verre étaient dans un état parfait. Vous voyez, c’était des plaques de verre, quand même assez fragiles, on pouvait s’attendre à ce qu’il y ait des rayures, des éclats, des choses… que le temps soit passé sur la plaque de verre. Pas du tout. Ils étaient dans un état irréprochable de conservation. Et puis, elle sortait cela, et puis elle commentait, et le moment de ce commentaire était extraordinaire, parce que ce qui allait devenir un objet probablement... puisqu’il va être déposé, puisqu’il est déposé, puisqu’il sera sans doute numérisé, puisqu’il sera ensuite exposé, commenté, objectivé… ce commentaire, ce premier commentaire, était tout à fait formidable parce que c’était tout simplement l’histoire de la transmission de ces plaques de verre. Avec ses manques : « Eh bien voilà, je ne sais pas ce que ça représente, mon grand-père l’a laissé ici... c’est la tante, etc. » Il y avait toute une histoire autour de ce patrimoine familier qui était tout à fait passionnante. C’est la raison, je vous le disais, pour laquelle, au fond, de faire ce séminaire sur ce thème-là cette année est une très bonne chose.

Je ne vais pas monopoliser davantage la parole, puisque nous allons avoir une conférence très passionnante, précisément, sur le plan anthropologique de ce rapport entre moi et le monde, d’une certaine manière, entre ma propre histoire et la grande histoire qui m’englobe. Les rapports, précisément, entre l’intime, le personnel, le public, qui sont au cœur de nos sociétés. Quand nous avons des adolescents ou de jeunes enfants, qui n’arrivent pas à distinguer ce qui est de l’ordre du public, du personnel, de l’intime, et qui affichent sur Facebook des choses qui mêlent tous ces différents niveaux d’existence de l’individu, évidemment, on est dans la constitution et dans une problématique qui croise ces deux questions.

Je ne voudrais pas vous quitter sans vous dire combien on est évidemment heureux aussi de vous dire que, par ailleurs, notre service de l’action pédagogique, notre service multimédia, travaille avec vous tous, que vous soyez médiateurs ou enseignants, sous différents régimes. Chaque année, nous organisons des formations spécifiques pour les différents rectorats. Chaque année, nous accueillons près de 20 000 élèves et enseignants, ici, pour des visites, pour des ateliers. Nous avons également développé une offre d’éducation artistique et culturelle en ligne. J’imagine que la plupart d’entre vous la connaissent, mais je la rappelle. C’est plus de 80 dossiers thématiques, qui correspondent à des expositions virtuelles, des dossiers pédagogiques, que vous retrouvez sur le site, rangés en cinq galeries concernant l’aventure des écritures et des écrivains, la photographie, les représentations, les cartes et plans… Enfin, tout un ensemble de choses que vous retrouverez et qui sont, je crois, tout à fait utiles pour vous.

Mais, surtout, la nouveauté de cette année, au-delà de la réfection du portail « Classes BNF »... Je vous le rappelle, le portail « Classes BNF » a deux versions. Une version que vous pouvez interroger et qui vous permet de naviguer dans les ressources en ligne qui sont proposées par l’établissement, et puis une version qui vous permet d’être très au courant des rendez-vous sur place, à la Bibliothèque nationale, des visites, des ateliers, des opérations exceptionnelles que nous pouvons mener au cours de l’année. Je vous y renvoie, mais la nouveauté, c’est que si vous vous trouvez sur le portail « Classes BNF » des ressources en ligne, vous avez un bouton que vous pouvez activer, qui est le bouton « Eduthèque ». Comme vous le savez, l’éducation nationale a inauguré il y a quelques semaines un portail « Eduthèque », qui rassemble les ressources des différents établissements publics culturels. Il y en a ici beaucoup qui ont déjà contribué à ce portail. En activant ce bouton, vous aurez la possibilité d’utiliser plus de 10 000 images en haute définition, libérés de leurs droits, plus de 200 audiovisuels, qui vous permettront d’utiliser en classe ces ressources.

Je crois que j’ai à peu près tout dit. Il ne me reste qu’à vous souhaiter une très bonne journée de travail et des travaux fructueux sur ce thème si passionnant. Bonne journée à vous.